L’invention d’une symétrie inédite donne le vertige, et la recherche de cette discrète volupté anime tant les artistes que les hommes de science.

       – Roland Fivaz, L’ordre et la volupté

 
Tout espace urbain, qu’il soit village, ville ou métropole – constitue dans mon travail un matériau de fiction à transfigurer. Je privilégie une approche photographique formelle basée sur l’urbanisme et l’architecture; l’articulation et la dislocation de ces éléments s’avèrent la thématique prédominante de mon travail. Je suis fasciné par les lieux de l’impermanence, de transit, par les lieux qui, dans leur nature et leur fonction, incarnent le mouvement, la métamorphose : port, gare, quai, autoroute, chantier de construction, église, stade. Ces espaces appartiennent à une forme de monumentalité qui, lorsque désertés, tendent vers un silence matériel, un vacuum du monde des choses et des êtres.

Depuis plusieurs années, j’utilise une technique de longue exposition qui reprend les dispositifs cinématographiques en condensant chacune des photos en « micrométrages » de huit secondes. Cette durée me permet d’amalgamer des moments clés au sein d’une même prise qui n’est pas sans rappeler le processus de la condensation du rêve. Ainsi, pendant cette ouverture en travelling, je traduis les actes, le spectacle de la ville et de ses habitants en suivant leurs mouvements incessants.

À travers chaque prise, j’intensifie une charge symbolique que j’agence de façon à pouvoir renverser les codes du réel photographié. Parce que j’imprime mon travail sur acier inoxydable, je dois composer avec une présence sculpturale comme s’il s’agissait d’une image à cristalliser. Je photographie la ville en sachant que le métal, agissant comme un prisme, modifiera à son tour la réalité. Ainsi s’ordonnent les villes imaginaires que j’inventorie.

 
 
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